Lou Fery, DGT, Paris

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  • Comment et quand avez-vous trouvé votre emploi dans le Visual Merchandising Design ?
J’ai rencontré mon employeur actuel, Tsuyoshi Tane, lors de la présentation des travaux de fin d’études de ma promotion, où il était l’un des membres du jury. Lors du debrief suite à la soutenance le contact est bien passé, son feedback était très positif mais je n’imaginais alors pas pouvoir travailler pour lui un jour. Bien que profondément admirative du travail de l’agence d’architecture DGT (découvert à l’occasion d’une visite du Salon Mondial de l’Horlogerie Baselworld sur le stand de la marque japonaise Citizen), je pensais que seul un diplôme d’architecte pouvait m’en ouvrir les portes.
Suite à l’obtention de mon diplôme, j’ai  travaillé durant quelques mois comme polydesigner 3D à Globus Genève. Je poursuivais alors des recherches d’emploi en parallèle et c’est ainsi sur conseil de Mme Beeler que j’ai recontacté mon futur employeur. Après quelques échanges d’e-mails et mois de battement je me suis rendue à Paris pour ce que je pensais être une simple visite de l’agence, mais Tsuyoshi Tane m’a à cette occasion proposé un emploi, avec effet au 1er juillet 2015.
  • Quelles sont les spécificités relatives au fait de travailler en tant que VMD chez DGT ?
Travailler chez DGT constitue pour moi un apport inestimable tant les nouvelles compétences à intégrer et développer sont nombreuses. La diversité des projets est une première spécificité: bâtiments, scénographies ou design d’objet, projets «commerciaux» pour des marques horlogères telles que Citizen ou Piaget, commandes privées ou encore dimension culturelle. Je travaille ainsi depuis quelques mois sur un projet de scénographie pour une exposition d’œuvres de la collection du Centre Pompidou en parallèle avec deux projets pour la marque Citizen.
Par ailleurs, au-delà de l’aspect technique inhérent à la profession d’architecte, la spécificité de DGT consiste à mes yeux en l’approche sensible déployée lors la phase de conceptualisation, mais aussi au travail de recherche effectué en amont. Abstraite et libre, cette étape s’apparentant à une quête de sens m’intéresse tout particulièrement. Elle consiste à croiser les données, chercher dans toutes les directions et dans une pluralité de domaines (physique, biologie, sociologie, histoire de l’art, littérature, …).  Mettre en relation des informations n’ayant à première vue aucun rapport entre elles permet de «nourrir» le projet, de lui apporter davantage de profondeur.
DGT représente ainsi une structure me permettant à la fois d’acquérir des techniques et méthodes concrètes de développement d’un projet mais aussi de jouer d’idées et d’abstractions, alimentant ainsi une recherche personnelle.
  • Vous vivez désormais à Paris. Quelles sont les particularités de l’emploi VMD dans les métropoles françaises ?
Je ne crois pas avoir aujourd’hui le recul nécessaire pour juger des spécificités de l’emploi VMD dans les métropoles françaises. J’imagine simplement que l’offre y est peut-être plus riche en opportunités qu’en Suisse romande. Je ne pourrais donc que conseiller aux futurs diplômés d’élargir le champ géographique de leurs recherches…
  • Est-il essentiel actuellement de maîtriser plusieurs langues pour travailler dans le VMD ?
Cela me paraît en effet essentiel dans ce secteur d’activité: des échanges quotidiens avec l’international le requièrent. Au sein même des équipes de travail la tendance à la mixité ne va pas aller en s’inversant, une bonne maîtrise de l’anglais est donc indispensable, et celle d’autres langues un indéniable plus.
  • En quoi consiste votre cahier des charges ?
Les équipes de travail sont formées par notre employeur et réparties sur les différents projets en cours (une quinzaine en moyenne). Les tâches sont ensuite distribuées selon les prédispositions respectives et talents de chacun. Le travail en équipe prend alors tout son sens lorsque des personnalités complémentaires conjuguent leurs forces pour le développement d’un projet.
Une des caractéristiques du travail en agence d’architecture est l’importance donnée aux tests dits « physiques ». En amont ou en parallèle du dessin assisté par ordinateur (DAO), de nombreuses maquettes en carton plume ou en mousse cellulaire sont réalisées pour travailler les volumes. Nous utilisons également de nombreux autres matériaux, pour le design d’objet notamment ou faisons parfois réaliser ces tests par des entreprises extérieures.
Si je prends part à de nombreuses étapes de développement des projets, j’interviens en grande partie pour produire des images 2D (collages, montages, …) ou 3D, mais aussi pour effectuer des recherches et des propositions de concepts. Ce sont d’ailleurs là les étapes du projet qui m’enthousiasment le plus! Je prépare également les books de présentation pour les clients, il est d’ailleurs prévu pour 2016 que je m’attèle à la redéfinition de la charte graphique de l’agence.
  • Comment appliquez-vous concrètement les contenus de cours vus en ESVMD ?
J’utilise quotidiennement les logiciels de la suite Adobe et fréquemment le logiciel 3D Blender. Les méthodes de recherche et de développement d’un projet acquises au cours des deux années de formation ESVMD me sont également très précieuses.
Je crois enfin qu’aucune connaissance n’est inutile et que de nombreux autres acquis influencent mon processus de travail.
  • Comment travaillez-vous avec l’international ?
Si chacun des projets réalisés à l’agence possède bien souvent un lien avec le Japon, ils sont néanmoins réalisés dans différentes et parfois nombreuses régions du monde (pour les projets en cours: France, Suisse, Italie, États-Unis, Estonie, et bien sûr Japon).
Le suivi de projet auprès du client (puis du constructeur) est bien évidemment une part essentielle du processus de travail. Des compétences telles que la diplomatie, la rigueur et la persévérance sont alors essentielles afin de faire respecter le projet et concilier les attentes et contraintes de chacun.
  • Selon vous, quelles sont les compétences spécifiques que possède un Diplômé ESVMD ?
À mes yeux, l’atout principal de cette formation consiste en la pluralité de compétences qu’elle développe. Un diplômé ESVMD possède des outils lui permettant, avec de la volonté, d’ouvrir les portes de nombreuses professions, d’approfondir et de se spécialiser dans tel ou tel domaine en fonction de ses intérêts propres.
Des notions de 3D, de design d’objet, de graphisme, de neuromarketing, de webdesign, de sociologie ou encore de sémiologie se révèlent des alliées précieuses dans de nombreuses situations professionnelles. De même, l’accent mis sur les présentations et défenses orales de projet permet une certaine aisance et assurance, toujours à cultiver certes, mais néanmoins essentielles lors de rencontres avec des clients ou d’un entretien d’embauche. Il s’agit ensuite de croire aux candidatures spontanées et en sa valeur personnelle.
  • Comment voyez-vous votre avenir ?
Si je n’ai pas d’idée précise de la direction que je souhaite donner à mon avenir, j’ai le sentiment d’en ressentir aujourd’hui certaines inflexions.
J’ai tout d’abord le souhait de ne jamais cesser d’apprendre, d’évoluer et d’interroger le monde dans lequel j’évolue. C’est également de façon nette que la pratique artistique m’apparaît comme une finalité tant l’attraction qu’elle exerce sur moi est puissante. Ces différents aspects de ma personnalité trouvent une résonance particulière dans le travail de l’artiste Olafur Eliasson, qui considère le questionnement et le processus parfois plus intéressants que la réponse elle-même.
Ce que je considérais jusqu’alors comme une tendance à l’éparpillement m’apparaît aujourd’hui cohérent. Je considère en effet que l’intelligence n’est pas figée mais multiple, mouvante, évolutive et se nourrit de liberté. La possibilité de rendre poreuses les frontières entre différentes disciplines m’intéresse éminemment, je crois ainsi en l’existence d’un point où sciences et spiritualité se rencontrent. S’en approcher, l’étudier, le comprendre, le ressentir, le transmettre enfin sous forme d’idées ou d’émotions à travers un moyen d’expression qu’il soit visuel, scénique ou littéraire sous-tend ma démarche professionnelle et artistique.
Ce ne sont là que des pistes de réflexion et je suis consciente de l’étendue du chemin à parcourir mais j’ai l’envie de croire en cette citation de l’artiste Chris Marker: «Le hasard a des intuitions qu’il ne faut pas prendre pour des coïncidences.» Ainsi, quelques rencontres précieuses de même que l’attachement à certaines valeurs ou encore différents intérêts agissant comme des pôles attractifs influencent je crois la trajectoire d’une existence que je souhaite perpétuellement en recherche, en mouvement.